expert formation distancePourriez-vous nous présenter votre parcours ainsi que votre activité ?

J’interviens en formation professionnelle depuis une vingtaine d’années. J’ai occupé différents postes : formateur, responsable pédagogique, directeur de centre de formation. Depuis une douzaine d’années, après avoir compléter à distance un DESS en ingénierie de la formation à distance auprès de la Télé-université du Québec et un DUFA (Diplôme Universitaire de Formateurs d’Adultes) à Paris 8, j’ai organisé mon activité professionnelle en deux pôles : le consulting et la formation professionnelle auprès d’entreprises d’une part, et l’enseignement universitaire d’autre part.

Lors de mes activités de consulting, j’interviens principalement en assistance à maîtrise d’ouvrage de projet e-learning et en formation-action auprès des collaborateurs des entreprises. Je crée de nombreux parcours de formation (10 à 15 nouveaux parcours par an) pour différents centres de formation  à destination de publics variés (cadres, artisans du bâtiment, journalistes, formateurs…). J’anime régulièrement des formations de formateurs sur l’ingénierie de formation, la scénarisation pédagogique, l’animation de formation, les fonctions tutorales à distance et sur les usages pédagogiques des TIC.

Mes activités universitaires sont les suivantes. Maître de conférences associé à l’université de Versailles, depuis 2003, j’enseigne la gestion de projet multimédia, la conception de dispositifs e-learning, l’animation de communautés virtuelles. Depuis 2006, j’anime le cours « Ingénierie et stratégies de support à l’apprentissage » à l’université de Rennes 1 dans le Master MFEG destiné à la formation de chefs de projets e-learning. Depuis 2010, j’anime le cours « Accompagnement du changement dans les projets TIC » à l’université de Limoges dans la licence professionnelle Servicetique. Depuis 2011, j’anime un cours au sein de l’UE « Animer des formations intégrant présence et distance, à l’IUFM Midi-Pyrénées Université de Toulouse Le Mirail dans le master EFE.n Depuis 2012, j’anime un cours de scénarisation de FOAD à l’université de Limoges dans la licence professionnelle iFOAD.

Je suis également l’initiateur en 2003,  et depuis, animateur de t@d, le portail du tutorat à distance (www.tutoratadistance.fr). Je publie régulièrement sur le e-elearning, les évolutions du métier de formateur et le tutorat à distance. Je suis le directeur de publication de la revue Tutorales.

Quelles évolutions majeures ont touché la formation à distance ces dix dernières années de votre point de vue ?

La formation à distance s’est développée autant en entreprise qu’à l’université. Elle a pris une forme hybride associant les temps présentiel et les activités à distance de manière synchrone (classe virtuelle par exemple) ou asynchrone (LMS, forums…)

Pendant assez longtemps et parfois encore aujourd’hui, le tutorat à distance a pu être qualifié de « parent pauvre » de la formation à distance. Toutefois, l’accompagnement des apprenants à distance est jugé nécessaire pour lutter contre l’abandon en particulier. Devenu une modalité nécessaire pour que les formations hybrides soient éligibles auprès des financeurs de la formation professionnelle, d’une part, et se présentant comme une solution valide aux échecs du tout en ligne et de l’apprenant promu autodidacte, le tutorat à distance est de plus en plus pratiqué. Cela pose inévitablement la question de la formation des formateurs sur les fonctions tutorales et les modalités de soutien à l’apprentissage.

Si certains formateurs ont pris, ou prennent ce virage, beaucoup voient la mise à distance de la formation comme une impasse professionnelle pour eux. Cela est essentiellement provoqué par la représentation qu’ils ont de leur professionnalité caractérisée par la détention d’une expertise dans un domaine. Or, face aux nouvelles formes d’apprendre, la compétence première d’un formateur n’est plus de mettre à disposition des informations, ni même de tenir un discours, mais d’accompagner les apprenants pour qu’ils puissent atteindre leurs objectifs d’apprentissage. Le tutorat à distance est donc au centre des évolutions professionnelles des formateurs.

De manière générale, la formation à distance a davantage eu recours à la technologie. La médiatisation des ressources est de plus en plus aisée à produire. Il persiste un biais technologique qui fait aborder toute nouveauté comme une panacée. Après les serious games, ce sont les MOOC (Massive Open Online Course) qui mobilisent l’énergie de nombreux acteurs. Derrière cette écume, les invariants pédagogiques, dont l’aide apportée aux apprenants, restent pourtant valides.

Quelles sont les principales best practices pour les établissements de formation lors de la conception pédagogique d’un enseignement à distance?

Les bonnes pratiques de l’ingénierie de la formation à distance font régulièrement l’objet de publications. Celles-ci permettent à qui cherche des recettes de les trouver. Néanmoins une recette n’a jamais produit un grand chef cuisinier… Je dirais simplement qu’il faut aborder le e-learning comme étant d’abord et avant tout une action de formation. Ceci suppose de qualifier le besoin, de connaitre les caractéristiques du public visé, de choisir une approche pédagogique adaptée, de positionner le produit par rapport à la concurrence, de faire en sorte que la scénarisation et la médiatisation des contenus apportent une plus-value, de faire faire les apprenants plutôt que de transmettre, de soutenir l’apprentissage, d’évaluer…

Ces actions présentent des spécificités en formation à distance qu’il faut apprendre à connaitre mais le plus essentiel est déjà de les maitriser pour des actions de formation classiques… ce qui n’est pas toujours le cas même chez beaucoup de professionnels de la formation.

Comment reconnaître un tutorat à distance de qualité ?

Pour être de qualité, un tutorat doit déjà être énoncé. Non pas de manière superficielle ou commerciale mais détaillée. Ceci doit permettre d’obtenir des réponses à plusieurs questions :

-          Qui sont les tuteurs, leurs compétences, leurs missions, la nature de leurs interventions ?

-          Qu’est-ce que je peux attendre, comme apprenant, des interventions tutorales ?

-          Le tutorat est-il personnalisé ou non ?

-          Quelle est la durée du tutorat ? Sa forme médiatique ?

-          Quels sont les retours effectués aux productions des apprenants ?

Pour reconnaitre un tutorat de qualité, l’apprenant doit également s’interroger sur l’exercice de son autonomie, qui ne peut être un prérequis mais toujours un objectif à poursuivre. Il doit vérifier que les besoins de soutien, qu’il imagine être les siens durant une formation à distance obtiendront des réponses de la part de l’institution de formation et des tuteurs.

Dans quelle mesure peut-on s’affranchir du présentiel d’après vous ?

Il est possible de s’affranchir totalement du présentiel. Cela demande une ingénierie pédagogique de haut niveau, un système tutoral perfectionné et des apprenants apprenant à persévérer. Les exemples de la Téluq ou de l’Open University sont éloquents. De nombreuses personnes, ayant par ailleurs une vie professionnelle et une vie familiale, arrivent à poursuivre en parallèle des études à distance.

Ceci dit, l’offre entièrement à distance est peu répandue, en particulier pour répondre au cadre règlementaire qui encadre la prise en charge financière de ces actions. Dès lors, la distance devrait permettre de mieux utiliser le présentiel. De ne plus s’en servir comme d’un espace de transmission mais plutôt pour atteindre des objectifs de remédiation, de mise en situation, de jeux de rôles, d’échanges entre les participants, de collaboration… Rendre le présentiel plus riche car plus rare n’est pas le moindre des avantages de la formation à distance.

Comment voyez-vous l’évolution du e-learning dans les prochaines années ? (technologie, acteurs – public/privé, blended learning…)

Je ne me risquerais pas à jouer les augures et dirais simplement que le futur se construit dès aujourd’hui, qu’il est nécessaire d’oser être aujourd’hui ce que l’on veut être demain, bref de développer son « savoir devenir ». Les technologies actuelles seront bientôt obsolètes, les acteurs changeront, l’hybridation sera grandissante. Ces défis ne seront relevés que par ceux qui, aujourd’hui et maintenant, décident de réinvestir leurs compétences professionnelles et de les actualiser avec non pas les « nouvelles » mais les technologies contemporaines. Ce vers d’Antonio Machado est le seul viatique réaliste et porteur d’espoir qui me parait adapté au futur en général et à celui du e-learning en particulier « Le chemin se construit en marchant… »

Merci pour cette interview.

Articles similaires :

  1. B-expert, la plateforme e-learning de Brussels Airlines